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Jeunes souffrant de waswas : trouver de l’aide auprès d’un thérapeute musulman

Certains jeunes refont leurs ablutions six fois d’affilée sans jamais réussir à s’en convaincre, recommencent leur prière parce qu’un doute est survenu au deuxième rak’a, et se réveillent à trois heures du matin pour chercher une fatwa qui dira enfin si telle parole prononcée la veille annule la foi. Beaucoup vivent cela depuis des mois, parfois des années, sans en avoir jamais parlé à personne. Ils ignorent totalement souffrir du waswas.

Qu’est-ce que le waswas, dans les textes

La sourate an-Nas demande protection « contre le mal du mauvais conseiller, furtif, qui souffle le mal dans les poitrines des hommes » (versets 4 à 6). La suggestion qui traverse l’esprit fait donc partie de la condition du croyant, et le fait de la subir n’a jamais constitué une faute en soi.

Le hadith le plus souvent cité sur cette question va plus loin. Des compagnons sont venus dire au Prophète ﷺ qu’ils trouvaient en eux-mêmes des pensées qu’aucun d’eux n’oserait formuler à voix haute. Il leur a demandé s’ils éprouvaient bien cela, ils ont répondu par l’affirmative, et il leur a dit que c’était là la foi manifeste (rapporté par Mouslim, n° 132, d’après Abou Hourayra). L’angoisse ressentie devant la pensée est précisément ce qui prouve que le cœur n’y adhère pas.

Le Prophète ﷺ a décrit le shaytan qui vient interroger la personne sur qui a créé telle chose, puis telle autre, jusqu’à demander qui a créé son Seigneur, et il a indiqué qu’arrivé là, il faut demander protection à Allah et s’arrêter (rapporté par al-Boukhari, n° 3276, et Mouslim, n° 134, d’après Abou Hourayra). L’instruction consiste donc à cesser, sans chercher la réponse qui mettrait définitivement fin au doute.

Le terme waswas reste large dans l’usage courant, puisqu’il désigne aussi bien la pensée fugace que la boucle qui occupe une journée entière. C’est dans cet écart que naît la confusion, et c’est aussi là que beaucoup de jeunes restent bloqués faute de savoir à quel moment la chose relève encore du spirituel et à quel moment elle réclame un accompagnement.

Pourquoi tant de jeunes en souffrent

Le trouble obsessionnel compulsif touche environ 2 % de la population adulte en France, soit plus d’un million de personnes. Son âge de début se situe entre l’enfance et le début de l’âge adulte, avec une moyenne autour de 19 ou 20 ans et deux pics repérés vers 11 ans et vers 23 ans. La tranche d’âge la plus exposée correspond donc exactement à celle des lycéens, des étudiants et des jeunes actifs.

La part religieuse des obsessions varie énormément selon les cultures, les études relevant des taux allant de 0 à 93 % selon les populations étudiées. Dans un contexte musulman, ces obsessions se regroupent autour de quatre thèmes qui reviennent dans la littérature, à savoir la pureté rituelle et la prière, le mariage et le divorce, le blasphème et l’apostasie, et les pensées de péché.

Une étude observationnelle menée auprès de cinquante adultes musulmans libanais suivis pour un TOC à composante religieuse donne des chiffres parlants, d’autant que 52 % de l’échantillon avait entre 18 et 29 ans. Parmi eux, 68 % se demandaient s’ils priaient correctement, 70 % doutaient que leurs prières soient acceptées, 72 % rapportaient des pensées intrusives liées aux impuretés rituelles, 50 % refaisaient leurs ablutions et 44 % recommençaient leurs prières pour faire taire la pensée.

Plusieurs éléments propres à cet âge aggravent le terrain. La pratique religieuse est souvent reprise ou approfondie à l’adolescence, avec une exigence très haute et peu de recul sur ce qui est réellement obligatoire. Les réponses contradictoires trouvées en ligne à toute heure entretiennent le doute au lieu de le fermer. Et l’entourage, en rassurant à chaque question, alimente sans le vouloir le mécanisme même qui fait durer le trouble.

Un point mérite d’être posé clairement, parce qu’il circule beaucoup de choses fausses à ce sujet. La pratique religieuse ne provoque pas le TOC. Ce que la recherche associe à la scrupulosité, c’est un rapport rigide à la règle et une tendance à donner à ses propres pensées une valeur qu’elles n’ont pas, deux mécanismes qui se rencontrent aussi bien chez des croyants que chez des personnes sans religion, avec simplement des contenus différents.

À quel moment le waswas devient un trouble ?

Ce qui distingue les deux situations tient moins au contenu de la pensée, identique dans les deux cas, qu’à ce que la personne en fait et à ce que cela lui coûte au quotidien. Le tableau ci-dessous reprend les repères utilisés en consultation.

 Waswas passagerWaswas devenu trouble
FréquenceLa pensée survient, dérange, puis s’en vaLa pensée revient plusieurs fois par jour et s’impose
Effet de la réponse religieuseDemander protection à Allah et passer à autre chose suffitLa formule est répétée sans jamais apaiser durablement
Temps consomméQuelques minutesSouvent plus d’une heure par jour, parfois beaucoup plus
ComportementLa prière et les ablutions se font une foisAblutions, prières ou vérifications refaites en série
Recherche de réassuranceUne question posée, une réponse reçue, le sujet est closLa même question reposée à plusieurs personnes, des heures de fatwas en ligne
RetentissementAucun sur le sommeil, les études ou la vie socialeRetards, prières repoussées, isolement, épuisement, parfois évitement de la pratique

Un signe passe souvent inaperçu de l’entourage alors qu’il est très parlant. Certains jeunes finissent par retarder leurs prières, par éviter les ablutions ou par s’écarter de la pratique, non par désintérêt mais parce que chaque acte est devenu si coûteux qu’ils préfèrent le repousser. Cet évitement fait partie du trouble et s’observe dans toutes les formes de TOC, quel que soit le contenu.

Ces repères servent à s’orienter, pas à se diagnostiquer. Le diagnostic relève d’un clinicien, qui évaluera aussi la sévérité, puisque dans l’étude libanaise citée plus haut 26 % des patients présentaient une forme légère, 48 % une forme modérée et 26 % une forme sévère. La conduite à tenir n’est pas la même selon le niveau.

Que faire face au waswas ?

Ne pas discuter avec la pensée

Les deux hadiths cités plus haut donnent la même consigne, qui consiste à demander protection à Allah puis à passer à autre chose sans chercher à résoudre le doute. Un troisième texte apporte un geste concret. ’Outhman ibn Abi al-’As est venu se plaindre au Prophète ﷺ de ce que le shaytan s’interposait entre lui, sa prière et sa récitation, et il lui a été répondu qu’il s’agissait d’un diable nommé Khinzab, qu’il fallait demander protection à Allah contre lui et cracher légèrement trois fois sur sa gauche (rapporté par Mouslim, n° 2203). ’Outhman rapporte l’avoir fait et qu’Allah l’en a débarrassé.

La certitude ne disparaît pas par le doute

Cette règle traverse tout le fiqh et se fonde sur des textes précis. Interrogé au sujet d’un homme qui croyait sentir quelque chose pendant la prière, le Prophète ﷺ a répondu qu’il ne devait pas sortir de la prière tant qu’il n’entendait pas un son ou ne percevait pas une odeur (rapporté par al-Boukhari, n° 137, et Mouslim, n° 361, d’après ’Abdallah ibn Zayd). Pour le doute sur le nombre d’unités de prière, il a indiqué d’écarter le doute, de bâtir sur ce dont on est certain, puis d’accomplir deux prosternations avant le salam (rapporté par Mouslim, n° 571, d’après Abou Sa’id al-Khoudri).

Ibn al-Qayyim a consacré au waswas de longs développements dans Ighathat al-Lahfan, où il décrit déjà le mécanisme par lequel celui qui cède à la vérification voit ses doutes se multiplier au lieu de diminuer. Sur ce point, les textes religieux et la clinique moderne demandent exactement la même chose, c’est-à-dire de ne pas répondre au doute par un acte supplémentaire.

Comment le waswas se soigne ?

La thérapie de référence

Le traitement validé s’appelle l’exposition avec prévention de la réponse, conduite dans le cadre d’une thérapie cognitivo-comportementale. Le principe consiste à se confronter volontairement au doute sans exécuter le rituel qui le fait taire, puis à laisser l’angoisse monter et redescendre d’elle-même, ce qui arrive toujours au bout d’un certain temps.

Chaque vérification accordée renforce le mécanisme pour la fois suivante, et l’exercice consiste donc à ne plus la lui donner. Concrètement, cela revient à faire ses ablutions une seule fois puis à prier sans les refaire, à terminer la prière malgré le doute survenu en cours de route, à ne pas reposer la question à une troisième personne et à fermer l’onglet des fatwas ouvert depuis une heure.

Les protocoles se déroulent généralement sur une dizaine à une vingtaine de séances, avec des premiers effets perceptibles au bout de quelques semaines lorsque les exercices sont travaillés entre les rendez-vous. La régularité pèse davantage que la durée totale, et l’entourage a lui aussi un rôle à tenir en cessant de rassurer à chaque demande, ce que le thérapeute explique généralement à la famille quand elle est présente.

Quand un traitement médicamenteux se discute

Pour les formes modérées à sévères, les recommandations prévoient l’association de la thérapie et d’un antidépresseur de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, souvent à des doses plus élevées que dans la dépression. Cette décision appartient à un médecin, généralement un psychiatre, et se prend au cas par cas. Un traitement seul, sans travail thérapeutique, expose à la rechute à l’arrêt.

Une limite à poser avant de commencer

Les exercices d’exposition ne doivent jamais franchir un interdit religieux. La Fondation internationale du TOC rapporte le cas d’un thérapeute qui avait proposé à un patient musulman de prier en direction d’une statue au titre de l’exposition, ce qui sort évidemment du cadre. Un bon exercice consiste à tolérer le doute sur la validité d’une ablution, jamais à commettre l’acte redouté quand cet acte est réellement interdit.

Pourquoi vous devez consulter un thérapeute musulman pour soigner ce trouble ?

Le traitement du waswas suppose de trancher en permanence entre ce que la religion demande réellement et ce que le trouble a rajouté par-dessus. Un praticien qui connaît le cadre religieux fait cette distinction en séance, là où un thérapeute qui ne le connaît pas devra soit s’en remettre au patient, ce qui est précisément la personne la moins fiable sur ce point au moment où elle consulte, soit risquer de qualifier de rituel obsessionnel une obligation authentique.

Cette compétence culturelle est d’ailleurs recommandée par les spécialistes du TOC, qui conseillent au thérapeute de travailler en lien avec un imam lorsqu’il ne maîtrise pas lui-même le sujet. Les revues systématiques consacrées aux psychothérapies adaptées à la religion du patient concluent par ailleurs à des résultats au moins équivalents à ceux des approches classiques, avec une meilleure adhésion au traitement.

L’organisation la plus efficace repose sur deux interlocuteurs et pas davantage, un praticien pour le travail sur le symptôme et une personne de science pour la réponse religieuse. Multiplier les avis revient à nourrir le trouble en croyant bien faire, puisque redemander la réponse déjà obtenue constitue elle-même la compulsion. Une fois cette réponse donnée, elle ne se redemande donc plus.

Reste une réserve à garder en tête. Partager la religion du patient ne rend personne compétent en soi, et la formation, la méthode et le cadre déontologique restent les premiers critères. Un clinicien formé au TOC qui respecte votre pratique vaut mieux qu’un accompagnant qui partage vos références sans maîtriser l’exposition.

Où trouver de l’aide quand on ne sait pas par où commencer

Le parcours le plus simple passe par le médecin traitant, qui évalue la situation et oriente. Depuis 2025, le dispositif Mon soutien psy ouvre droit à douze séances par année civile chez un psychologue partenaire, sans ordonnance préalable, au tarif de 50 € dont 30 € pris en charge par l’Assurance maladie et le reste par une complémentaire responsable. Les étudiants disposent en plus de Santé Psy Étudiant, avec douze séances gratuites et sans avance de frais par année universitaire. Les centres médico-psychologiques assurent un suivi gratuit et les Maisons des adolescents reçoivent les 11-25 ans sans condition de ressources.

Ces dispositifs ne permettent pas de choisir la sensibilité religieuse du praticien, ce qui pose problème sur un trouble dont le contenu est justement religieux. Quelques structures se sont montées pour combler ce manque, avec des accompagnements assurés à distance.

Sagesse au Naturel, rattaché à l’Institut du Professeur Akim Bouterra, en fait partie. Les consultations se déroulent à distance, par appel téléphonique via WhatsApp, après un questionnaire confidentiel rempli en amont, et un protocole personnalisé est transmis à l’issue de l’échange. Trois accompagnements correspondent aux situations décrites dans cet article.

TCC et psychopédagogie : la voie à privilégier pour un waswas devenu envahissant, puisque c’est là que se travaillent les TOC, les phobies et l’anxiété, chez l’adolescent comme chez l’adulte.

https://www.sagesseaunaturel.com/consultations/tcc-psychopedagogie

Psychologie islamique pour les hommes : accompagnement de Frédéric Mohamed, certifié en médecine prophétique et en psychologie islamique au sein de l’Institut du Professeur Akim Bouterra, qui reçoit notamment pour les waswas et l’instabilité émotionnelle.

https://www.sagesseaunaturel.com/consultations/psychologie-homme

Psychologie et bien-être naturel pour les femmes : accompagnement d’Elisabeth, conseillère en psychologie islamique et praticienne en naturopathie, avec la possibilité d’échanger intégralement par messages écrits pour celles que l’appel gêne.

https://www.sagesseaunaturel.com/consultations/psychologue-femme-musulmane

EN CAS D’URGENCE Le waswas s’accompagne parfois d’un désespoir profond, notamment quand la personne se croit sortie de la religion. Devant des idées suicidaires, n’attendez pas le prochain rendez-vous. Le 3114 répond gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7, avec des professionnels formés à la prévention du suicide. Le 15 ou le 112 prennent le relais dès qu’il y a un danger immédiat. Fil Santé Jeunes reçoit les appels des 12-25 ans au 0 800 235 236, tous les jours de 9 h à 23 h, de façon anonyme et gratuite.

Questions fréquentes

Le waswas est-il un péché ?

Non, tant que la personne n’y adhère pas et ne l’exprime pas. La réponse du Prophète ﷺ aux compagnons venus s’en plaindre est claire sur ce point, puisqu’il a qualifié leur détresse même de foi manifeste (Mouslim, n° 132). La culpabilité ressentie devant ces pensées est d’ailleurs l’un des moteurs qui les font revenir, et la lever fait partie du travail thérapeutique.

Est-ce que le waswas vient du shaytan ou d’une maladie ?

Les textes attribuent la suggestion au shaytan et cela relève de la croyance. La clinique décrit de son côté le mécanisme par lequel certaines personnes restent bloquées dans la boucle alors que d’autres passent à autre chose. Croire au premier n’empêche donc pas de traiter le second, d’autant que l’instruction prophétique elle-même porte sur une conduite à tenir, à savoir demander protection puis s’arrêter, ce qui est exactement ce que demande un thérapeute.

Faut-il faire une roqya pour le waswas ?

La roqya fait partie des recours prévus et personne ne le conteste. Le problème apparaît lorsqu’elle devient la seule piste suivie pendant des mois alors que les signes cliniques sont installés, parce que le trouble continue de se renforcer pendant ce temps. Les deux démarches se mènent en parallèle, et les raqis sérieux orientent eux-mêmes vers un professionnel quand le tableau le justifie.

Refaire ses ablutions par précaution, est-ce vraiment un problème ?

Une fois de temps en temps, cela ne porte pas à conséquence. Répété systématiquement, le geste devient un problème, parce que chaque répétition apprend au cerveau que le doute était fondé et le rend plus probable la fois suivante. La règle du fiqh et la logique thérapeutique convergent ici, l’une comme l’autre demandant de s’en tenir à la certitude initiale.

Peut-on consulter un psychologue non musulman pour ce motif ?

Oui, en posant le cadre dès la première séance et en précisant ce qui relève d’une obligation religieuse réelle. Beaucoup de professionnels travaillent très correctement dans ces conditions. La vigilance porte sur les exercices d’exposition, qui ne doivent jamais impliquer un acte interdit, et sur la tentation de lire la pratique religieuse elle-même comme le symptôme.

Combien de temps faut-il pour aller mieux ?

Les protocoles courants comptent une dizaine à une vingtaine de séances, avec une amélioration souvent perceptible au bout de quelques semaines quand les exercices sont faits entre les rendez-vous. Un trouble installé depuis plusieurs années demande davantage de temps. L’évolution du TOC est chronique dans la majorité des cas, ce qui signifie que l’objectif réaliste consiste à reprendre le contrôle et à savoir quoi faire lors des reprises, plutôt qu’à ne plus jamais ressentir un doute.

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